Réflexions autour du jeu

Au cours de la première séquence les joueurs construisent une représentation du territoire de Vauban qui leur sera commune. Ils se forgent progressivement leur vision de ce territoire à partir d'informations qui leur sont fournies sur les fiches. Ils mobilisent aussi leur expérience personnelle du développement territorial, quelle qu'elle soit.
Mais si chaque joueur participe à la construction de cette vision commune, c'est au sein d'une équipe.
L'organisation du jeu en 5 tours et la possibilité de choix des équipes font que les informations concernant le territoire ne sont révélées que peu à peu et dans un ordre différent à chaque jeu. Les équipes sélectionnent les informations qui leur semblent les plus pertinentes à chaque moment du jeu. en en les qualifiant. Enfin les équipes leur donnent corps par le choix d'une visualisation, légende et dessin, sur les fonds de carte.
La répartition des joueurs par équipes crée une assez vive stimulation entre elles, qui ne se fait pas sur le résultat du jeu (aucune équipe ne gagne), mais sur la recherche d'une participation d'excellence à la co-construction du diagnostic. Cette recherche s'effectue d'une part par l'ordre et la qualité de l'information qu'elles mobilisent par rapport aux autres, par leurs argumentaires, et d'autre part par la qualité des représentations visuelles qu'elles proposent. Une partie des informations reste cachée à l'ensemble des participants selon le choix des équipes.
Mais en définitive la stimulation vient de la dynamique que les équipes donnent à la co-construction du diagnostic. Stimulation par l'action et non par le gain possible, la leçon est significative pour les participants qui disent-ils, découvrent concrètement la puissance du travail en équipe.
La construction du diagnostic de territoire à partir d'informations thématiques et sectorielles se fait facilement en reportant sur trois cartes les informations fournies. Le fait de dresser les trois cartes des atouts, problèmes et évolutions nécessite un exercice de classement qui "casse" l'approche thématique et ouvre à une approche spatialisée et horizontale. Cela apporte d'une part une lisibilité accrue des représentations et d'autre part facilite la synthèse. Celle-ci ne se visualisera donc pas in fine par une seule carte synthétique, mais par les seules trois cartes préalables.
Ceci est une seconde découverte pour les participants. Le plus souvent ils n'imaginent pas leur propre capacité de synthèse immatérielle pour un exercice qu'ils pensent réservé à des techniciens très chevronnés et outillés. Leur rapport au savoir semble en effet confiné dans une logique de traitement statistique de données froides, chiffres d'inventaires, de dénombrement etc. qui nécessitent des outils sophistiqués précis et totaux. Les participants découvrent la puissance d'autres informations certes plus floues et empiriques, mais qui croisées entre elles au cours d'une approche spatialisée à l'aide de l'outil cartographique, donne toute sa place aux capacités " chaudes " du cerveau.

La seconde séquence a pour but d'élaborer et de représenter sur cartes les stratégies de chaque équipe pour le développement du territoire de Vauban. Cette séquence de jeu est l'occasion pour les participants de préciser leurs réflexions sur le territoire et son organisation. Auparavant, ils formuleront les enjeux qu'ils perçoivent et les grands axes d'action d'un développement durable du territoire. Le coté ludique est ici dû à la stimulation entre équipes. chacune cherche à produire une " meilleure " stratégie que celles des autres.
Toutes les équipes utilisent le diagnostic commun de territoire construit au cours de la séquence principale. Cet état des lieux sert d'ancrage à l'expression de territorialités futures souhaitées, au gré des associations d'idées et des contradictions soulevées. Des idées émergent, prennent corps au fil des échanges et organisent la représentation par visualisation concrète sur une carte : un trait que l'on souligne, une tendance que l'on amplifie ou au contraire un contraste que l'on recherche ou un infléchissement de dynamique que l'on met en avant.
La filiation des représentations, du diagnostic aux stratégies, assure une certaine cohérence de ces dernières : elles restent inscrites dans le territoire présenté.
Les participants utilisent aussi des informations " extérieures "qui leur sont apportées sur 6 nouvelles fiches présentant des projets particuliers et de territoire. Ces fiches présentent en outre des projets déjà organisés par thèmes et par grands axes d'action, c'est dire leur importante dimension normative
Le croisement avec leur propre réflexion stratégique, l'enrichit.
En définitive, il est étonnant de voir la variété de propositions stratégiques qui sont faites, même si elles peuvent se classer en quelques types assez répandus dans les territoires intercommunaux. C'est vraisemblablement que la réflexion personnelle a pris au cours de la seconde séquence plus de poids que les données acquises (le diagnostic construit ensemble), ou données (les informations sur les fiches de projet).

Le but de la troisième séquence est de confronter les cartes produites au cours de la seconde séquence. Les participants, toujours regroupés en équipes, prennent connaissance des posters de stratégies puis en débattent. Le commentaire des cartes produites par les autres et la comparaison entre elles suscitent l'analyse critique des territorialités exprimées. Le fait d'avoir collectivement élaboré des représentations renforce leur appropriation par les participants, mais développe aussi leur esprit critique. Dans le même temps, la prise de conscience d'une diversité d'enjeux et d'horizons possibles face à une situation territoriale donnée est tangible.
La représentation n'est plus perçue comme une "vérité" qu'il faut admettre, mais comme une "co-construction", que l'on peut argumenter, modifier et enrichir. Cette mise à l'épreuve narrative rend plus concrète la représentation du projet de territoire et sa traduction en actions.
Pour les cas où une synthèse stratégique consensuelle est jouée, les participants disent ressentir la forte dimension de compromis entre les différentes propositions initiales des équipes qu'elle recèle. Cette séquence permet ainsi aux participants d'acquérir un certain recul par rapport à l'idée de choix politique.